Forum Valeo Pour un monde automobile meilleur

En présence de Michèle Merli, déléguée interministérielle à la sécurité routière.

Parce qu’elle permet à la fois d’améliorer la fiabilité des véhicules et des infrastructures, de limiter l’impact des accidents sur les personnes et d’agir sur les comportements des conducteurs, la technologie a un rôle majeur à jouer en matière de sécurité routière. Pour autant, si elle a aujourd’hui prouvé son efficacité, il appartient désormais à tous les acteurs concernés de lever les réticences des utilisateurs pour que les innovations réalisées et futures contribuent pleinement à la sécurité automobile.

Sécurité : la technologie peut-elle tout faire ?

 


La sécurité routière : un enjeu mondial


Malgré les progrès sensibles réalisés ces dernières années dans les pays développés, la sécurité routière reste un enjeu important. Au sein de l’Union Européenne, on dénombre chaque année près de 1,4 million d’accidents de la route qui occasionnent 40 000 morts. L’Union Européenne qui s’était fixée en 2001 l’objectif de réduire par deux le nombre de décès sur la route en 2010 doit revoir ses prétentions à la baisse du fait de son élargissement et de l’intégration de pays, notamment à l’est, où l’instauration d’une politique de sécurité routière est plus récente.

Même parmi les « bons élèves », il n’est pas question de baisser la garde. En France, par exemple, l’arsenal de mesures préventives et répressives mises en place en 2002, notamment contre les excès de vitesse, a permis de réduire le nombre de tués sur les routes, en baisse constante depuis 6 ans (40% de morts en moins depuis 5 ans). Pour autant, on est encore loin de la vision du « zéro accident ». Des points noirs persistent : les accidents corporels et le nombre de blessés étaient en légère augmentation en 2007 et on ne note pas d’amélioration pour les piétons, ni pour les deux-roues motorisés. Pire : l’alcool au volant reste une « pratique » stable depuis 10 ans, impliquée dans plus de 16% des accidents mortels.

Au niveau mondial, le constat est encore plus alarmant. Dans le monde, les accidents de la route tuent 1 200 000 personnes chaque année et en blessent 50 millions (statistiques ONU). L’écart se creuse entre le niveau « d’insécurité routière » des pays développés et celui des pays pauvres ou à revenus intermédiaires. En développement économique rapide les pays d’Asie du sud-est sont, selon un rapport de la Banque Mondiale, les pays qui connaîtront la plus forte progression d’accidents de la route dans les années qui viennent. A cela, une raison principale : une croissance rapide du parc automobile combinée à des infrastructures et à des comportements inadaptés.

En Chine qui devrait être le premier marché automobile au monde dès 2010, le taux de mortalité routière est aujourd’hui le plus élevé (+ de 81600 tués en 2007), et l’Inde, où la vente de voitures particulières est en très forte progression, connaît l’un des plus forts taux d’accidents routiers.


De la ceinture à l’ABS, des technologies efficaces


Parce qu’elle permet tout à la fois d’agir sur l’automobile, les infrastructures et les comportements des conducteurs, la technologie apparaît aujourd’hui comme un moyen efficace et durable d’améliorer la sécurité routière. L’Union Européenne s’est ainsi fortement engagée à promouvoir le développement et le déploiement de systèmes
« intelligents » dans le cadre de son programme e-safety, lancé en 2002. La première application concrète sera la généralisation à tous les pays membres du numéro d’appel d’urgence unique (le 112), et l’équipement de tous les nouveaux véhicules à partir de 2010, d’un système automatique d’appel d’urgence embarqué (eCall). Le programme indique que cette mesure pourrait permettre de sauver 2 500 vies chaque année.
Du côté des véhicules, les constructeurs et équipementiers ont mis au point de nombreuses technologies qui ont déjà prouvé leur efficacité. Depuis la ceinture de sécurité, des progrès constants sont réalisés en matière de protection des occupants en cas d’accident (systèmes dits de « sécurité passive ») : nouveaux équipements (air bags, par exemple), choix des matériaux (plus souples), emplacement stratégique des composants du véhicule de manière à optimiser la sécurité de ses occupants et des piétons, etc. De plus, le secteur automobile commercialise aujourd’hui des véhicules capables de corriger des situations dangereuses pour éviter les accidents, dans le cadre de systèmes dits de « sécurité active ». Il s’agit principalement des technologies de tenue de route et d’aide au freinage d’urgence : l’ABS (antilock braking systems) et l’ESP (electronic stability program) équipent désormais en série la plupart des véhicules neufs. A l’avenir, viendront se joindre à eux des systèmes améliorant la visibilité nocturne, des caméras et radars fournissant une vision à 360° autour du véhicule, des systèmes de reconnaissance de panneaux routiers ainsi que la communication entre véhicules.


Faire évoluer le comportement des utilisateurs


Au-delà, les technologies embarquées vont également jouer un rôle de plus en plus important pour faire évoluer le comportement des conducteurs qui est à l’origine de 80% des accidents de la route. Les véhicules sont déjà capables d’agir sur les principaux facteurs d’accidents que sont la vitesse (limiteur de vitesse) et l’alcool (éthylotest anti-démarrage). Demain, les véhicules seront à même de prévenir le conducteur en cas de somnolence et d’agir, au besoin, en freinant, par exemple… Surtout, la généralisation des systèmes de GPS et la mise en service prochaine (2013) du système satellitaire européen Galileo, laisse entrevoir des véhicules encore plus « intelligents », capables de réguler la vitesse du véhicule en fonction de sa localisation géographique, de réagir aux conditions du trafic et aux comportements des autres véhicules (ralentissement, dépassement...).

Pour utiles que soient les technologies actuelles et à venir, leur déploiement se heurte à de nombreux défis. Au-delà des difficultés à la fois techniques et réglementaires inhérentes à leur développement, le coût à l’achat reste aujourd’hui le principal frein évoqué par les conducteurs. Aujourd’hui, seuls les modèles haut de gamme sont équipés des dernières technologies. Or, on sait que seule une industrialisation à grande échelle pourrait les rendre accessibles à tous.
Ce qui pose la question cruciale de l’acceptation et de l’adoption de ces technologies par le conducteur. Et au-delà, de la nécessité d’apporter des réponses aux principales réticences invoquées par les utilisateurs potentiels : la complexité et la fiabilité des systèmes électroniques ; la peur de perdre la maîtrise du véhicule ; les craintes en matières de libertés individuelles… Par ailleurs, à côté de ces technologies utiles à la sécurité, le conducteur va également voir croître l’offre de technologies embarquées de confort, tels que les systèmes d’aide à la navigation et autres médias mobiles. Et avec elles le spectre que ce « tout technologique » ne conduise finalement à des comportements à risque.

Patricia Delhomme
INRETS – Laboratoire de Psychologie de la Conduite
Directrice de l’Unité de Recherche