
Toutes les grandes métropoles du monde font face aujourd’hui à de nouveaux défis, notamment avec la congestion de leur trafic routier et l’émergence croissante des attentes environnementales. Autre enjeu majeur, la population mondiale, concentrée de plus en plus dans les villes, va augmenter de 2,5 milliards de personnes d’ici 2050. Repenser la voiture en ville devient une nécessité, et aucune métropole n’échappe à cette réflexion.
Victime de leur forte attractivité, la majorité des grandes villes comme Tokyo, Bombay ou Shanghai voient leur trafic régulièrement saturé, dû à leur importante population et à l’arrivée continuelle de nouveaux flux. Confrontées à des routes congestionnées et à une opinion publique de plus en plus sensible à l’environnement, elles ont recours à des tentatives, parfois originales, pour améliorer la fluidité de leur trafic routier. Malheureusement, toutes les mesures prises n’ont pas toujours des impacts significatifs, voire positifs. Quelques exemples : si les péages urbains autour de Londres ont permis de réduire de 15% son trafic routier, la fermeture du centre-ville de Rome aux voitures a fortement accru l’usage de deux-roues motorisés. Quant à Athènes, la mise en place d’une circulation alternée a eu des effets pervers, avec l’achat d’une deuxième voiture, souvent plus polluante, faute de moyens chez les ménages.
Assise au banc des accusés, la voiture fait ainsi l’objet d’une approche très contrastée de Séoul à Mexico, en passant par Moscou. Si les métropoles historiques comme Paris n’ont pas été bâties pour la voiture, celles plus modernes ont orienté leur urbanisation autour d’elle avec de grands axes routiers, à l’exemple de New York. Mais jusqu’à aujourd’hui, aucun modèle universel ne se dégage et les villes cherchent, avec plus ou moins de succès, un compromis entre deux visions extrêmes : Venise, ville sans voiture, et Los Angeles, ville sans piétons.
L’étalement urbain est souvent cause et conséquence de l’usage croissant de la voiture en ville. Une agglomération étendue ne favorise pas un réseau efficace de transports collectifs, et rend donc ses habitants dépendants de la voiture. Sacramento, en Californie, a mis en œuvre un urbanisme compact pour lutter contre son éclatement. Avec un développement plus dense de ses immeubles, elle a permis de réduire de 11% l’utilisation de la voiture. D’autres pistes de réflexion ont été envisagées, notamment en matière de politique alternative à l’usage de la voiture avec un maillage plus serré de transports collectifs ou avec la construction de péages urbains comme à Londres ou à Milan. Ces différentes mesures s’avèrent parfois dissuasives, mais de nombreux déplacements ne peuvent pas se faire sans voiture. Il est donc nécessaire de l’adapter au milieu urbain, plutôt que de chercher à la faire disparaître.
C’est à partir de cette idée que la majorité des pays se mobilisent et réfléchissent à une intégration plus harmonieuse de la voiture en ville. Certains adoptent des initiatives politiques, qui incitent les constructeurs à améliorer leurs véhicules. À en juger par l’apparition de l’« éco-pastille » en France, qui taxe les acheteurs de véhicules polluants pour récompenser les acheteurs de voitures propres. La voiture profite ainsi des progrès technologiques continus des industriels, qui font d’ores et déjà un réel effort en recherche et développement pour proposer des voitures plus sûres et plus respectueuses de l’environnement. Principalement axés sur les nouveaux carburants et l’efficacité énergétique, ils mettent au point des technologies utiles à la ville. À l’exemple du système StARS de Valéo qui permet de supprimer toutes émissions de CO2 lors de l’immobilisation de la voiture en arrêtant automatiquement le moteur.
Par-delà les frontières, la voiture représente un dilemme pour la majorité des grandes métropoles mondiales, que ce soit à Djakarta ou à Buenos Aires. Urbanistes, politiciens, industriels de l’automobile ou architectes sont autant d’acteurs à impliquer pour multiplier les réflexions et ainsi restaurer la voiture dans les milieux urbains. Au cœur de cette problématique, partie prenante essentielle dans les transformations en cours, se trouve l’utilisateur final, qu’il soit conducteur, passager, propriétaire ou non de son véhicule. Conscient des enjeux, il commence progressivement à transformer ses habitudes de déplacement et sa culture de consommation.
Guy Bourgeois
Directeur général de
INRETS,
Institut National de
Recherche sur les
Transports et leur Sécurité
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